
Teotitlán del Valle est un village des tisserands de tapis de laine de 6 392 habitants. Il est situé dans la Vallée de Tlacolula, dans l’État de Oaxaca, Mexique (plan).
Il jouit d’une réputation internationale pour la qualité de ses ouvrages qui sont exposés dans des musées à travers le monde entier. Il est aussi connu pour avoir été une importante cité zapotèque préhispanique, surtout pendant la période postclassique.
Pour vous rendre à Teotitlán del Valle, situé à environ 30 km de Oaxaca de Juarez, vous pouvez prendre le bus pour le village au terminal de seconde classe de Oaxaca (plan) ou au stade de baseball (plan). Il vous laissera dans le centre du village, à proximité du musée communautaire et du marché artisanal. Ces bus "directs" sont relativement rares et il est préférable d'opter pour la seconde solution qui fait perdre moins de temps.
Teotitlán del Valle est situé sur un axe routier important et s'intègre parfaitement à un circuit touristique plus ample, avec des sites comme San Pablo Villa de Mitla, Hierve el Agua, Yagul, ... J'en fais en général une étape du retour, commençant par les sites les plus éloignés pour mesurer le temps au retour.
Vu la fréquentation, il est donc plus simple de prendre le bus de "Tlacolula – Mitla" qui vous laissera au croisement entre cet axe principal et la route menant à Teotitlán del Valle (plan). Là, vous verrez des taxis collectifs ou des mototaxis qui vous emmèneront jusqu’au centre du village, ou à un des ateliers de tisserands se trouvant sur le chemin.
Le nom de Teotitlán vient du Náhuatl qui signifie "terre des dieux". On lit souvent que Teotitlan est le premier village fondé par les zapotèques en 1465 ou il aurait été nommé Xaquija en Zapotèque, qui signifie "constellation céleste". Cette date correspond davantage à une tradition locale qu'à une véritable fondation du village, puisque des populations occupaient déjà le secteur depuis plusieurs siècles. Il y avait déjà un village postclassique avant cette date. Selon ce que j'ai pu lire, il est probable que ce nom de Xaquija soit plus attribué à un temple ou une pierre sacrée qu'au village lui-même.
On trouve un autre nom rapporté par le frère Francisco de Burgoa, Xa Quija qui signifierait "Sous la falaise". Il y a aussi d'autres versions comme Xa-Guie qui signifie « Sous ou au pied de la pierre ». En zapotèque, on l'appelle Xaguixe, ce qui signifie « au pied de la montagne ». Il s'agit probablement d'une référence à l'installation de la cité postclassique dans la vallée, au pied de la montagne sacré nommé El Picacho. D’ailleurs, ce village, comme beaucoup d’autres de la vallée de Oaxaca, possède sa montagne sacrée où les habitants y montent encore aujourd'hui lors de certaines cérémonies traditionnelles.
Teotitlán del Valle est un site archéologique Zapotèque connu pour les périodes classique et postclassique de l'histoire de la vallée de Oaxaca.
Le centre du site Postclassique se trouve sous le village actuel de Teotitlán del Valle. Il s’agissait d’une cité-État caractéristique de la période, comme de nombreuses autres cités indépendantes telles que Mitla, Yagul, Villa de Zaachila... Les habitants nomment ce secteur du centre de Teotitlán "Lee Nech". Le palais de l’élite gouvernante de la cité Zapotèque correspond probablement aux restes archéologiques que l’on peut voir en faisant le tour de l’église (plan). On observe encore la base des murs portant des grecques qui devait supporter le palais résidentiel.
L'Église du Précieux Sang du Christ de Teotitlán Del valle est un bon exemple de la réappropriation d’un lieu sacré préhispanique par les conquérants espagnols et de la réutilisation des matériaux. Son édification s’acheva en 1751. Elle est considérée comme un des premiers exemples d’architecture coloniale (plan).
Les parois de l’église, du cloître, et de quelques structures associées témoignent de la présence Zapotèque et de la longue histoire du village. On y trouve un ensemble de pierres gravées préhispaniques qui ont été réutilisées dans la construction de ces édifices. On trouve autant de sculptures qui peuvent être datées de la période classique, comme de la Postclassique de la chronologie Zapotèque.
Les ruines de la période classique, incluant des monticules (pyramides) et des résidences, se trouvent plutôt disséminées en dehors de la ville. Les habitants de Teotitlán désignent plusieurs secteurs archéologiques qu’ils appellent : Niyedain, Wuensu, Guelech, Xashiu et Niza.
Quant à la montagne sacrée de Teotitlán, El Picacho, elle constitue aussi un site archéologique. Elle est nommée en Zapotèque Quiejyu soit "tête de la terre" ou Quie Lees soit "tête de la pierre".
Comme dans beaucoup de mythes mexicains, elle correspond au mythe de la montagne sacrée de l’abondance et la fécondité depuis laquelle on peut demander aux dieux des faveurs, surtout agricoles.
Les artisans de Teotitlán del Valle sont de célèbres tisseurs de laine et en particulier de tapis. Mais on retrouve aussi des sacs, des ponchos, des couvertures et des vestes.
Les décorations des tapis sont multiples : on trouve de savantes nuances de couleurs, des motifs d’inspiration Zapotèque (arbres de vie, grecques,…), des éléments de la faune et la flore, et même des reproductions d'œuvres d’art célèbres.
Il y a des ateliers un peu partout dans le village de Teotitlán del Valle, avec de nombreux rabatteurs. Ne vous laissez pas manipuler ou apitoyer, il y a de très belles œuvres mais prenez le temps de voir et d’avoir un coup de cœur. D’autant plus que, dans l’ensemble, les habitants de Teotitlán del Valle bénéficient d’un niveau de vie relativement élevé pour la région. On remarque que plusieurs familles de tisserands ayant développé une clientèle nationale et internationale disposent de maisons relativement confortables comparées à celles de nombreux autres villages de la région.
Vous trouverez un marché artisanal, mais privilégiez plutôt la visite directe d'un atelier pour profiter de leurs explications et voir leur travail (plan). Dans quasiment tous les ateliers, on commencera par vous faire une démonstration du travail avant de vous présenter le reste de leur production afin que vous puissiez effectuer vos achats.
Le processus d’élaboration des tapis de Teotitlán débute par le nettoyage de la laine. Celui-ci est fait naturellement en utilisant un morceau de racine de Yucca, qu’ils appellent Amole et qui a les propriétés du savon.
La laine est ensuite brossée entre deux plaques de bois armées de fils de fer afin de mettre la fibre dans le même sens (carder). Vient ensuite l’étape du filage sur le rouet pour créer le fil de laine.
Cette matière première peut être utilisée brute pour le blanc, le noir et le gris (étant un mélange plus ou moins important des deux premières teintes pour obtenir des variations de ton). Mais les artisans de Teotitlán teintent aussi leur laine de manière complètement naturelle.
C’est un des moments importants de la démonstration qu’ils vous feront et vous indiqueront les plantes ou insectes utilisés et les résultats obtenus.
Une des couleurs de base est le rouge et ses nuances obtenues à partir de la cochenille dont Oaxaca fut un producteur important au Mexique. On vous expliquera son élevage et comment on utilise des produits au pH acide ou basique pour en faire varier la couleur.
Pour les jaunes, on utilise aussi la coquille de grenade ou la fleur de Cempasúchil (aussi appelée rose d'Inde). On l’appelle aussi ici "flor de Muertos" ou la fleur des morts, puisqu’elle fleurit pendant la période de la fête des morts.
La couleur café est obtenue avec de la coquille de noix. Le bleu est réalisé avec la plante indigo ou "añil" en espagnol
Les fibres de laine sont mises à tremper dans le mélange de ces teintes naturelles avec de l’eau puis mises à bouillir pour fixer la couleur.
Le tissage se réalise sur un métier à tisser à pédales selon une méthode qui dépend du motif et explique aussi le prix de certaines œuvres artisanales. En effet, le nombre de couleurs fait varier le prix puisqu’il oblige à changer de navette à chaque fois, ainsi que la complexité du dessin qui compte pour beaucoup par ailleurs.
Pour de longues bandes sur le tapis, on utilisera la navette, ce qui permet un travail assez rapide, mais pour chaque dessin, le tisserand passe le fil à la main, en comptant le nombre de fils de la trame, ce qui allonge considérablement le processus, et n'utilise le métier à tisser que pour tasser les fils. Prenez en compte toutes ces informations quand vous considérez le prix d’un de ces tapis.
On trouve un peu tous les prix pour les tapis de Teotitlán, dépendant bien sûr de la taille, du nombre de couleurs utilisées et de la complexité du motif. Certains peuvent être très chers, mais si l’on convertit en euros et que l’on considère la qualité et le travail que ces tapis demandent, cela reste très raisonnable.
Maintenant, recommander des adresses est un peu compliqué. Il y a l’embarras du choix, les présentations sont plutôt similaires, et nous parlons aussi d’une histoire de goût quant aux motifs des tapis qui peut varier beaucoup d’une maison à l’autre.
Juste pour vous orienter, je vous propose trois adresses, mais n’hésitez pas à vous risquer un peu et à entrer dans d’autres maisons, je suis loin de connaître tous les ateliers du village.
Le village de Teotitlán del Valle possède également un petit musée communautaire nommé Balaa Xtee Guech Gulal qui signifie "l’ombre du vieux village" (plan).
Il est ouvert du mardi au dimanche, de 10 h à 18 h.
On y expose différents objets de la période préhispanique retrouvés un peu partout dans le secteur.
Une autre section du musée est dédiée à l’artisanat du village, et donc en particulier au travail des tapis.
La dernière salle est dédiée aux traditions, en particulier sur le mariage et les rites qui l’accompagnent, toujours en vigueur dans le village de Teotitlán del Valle.
J'ai rarement eu l'occasion de manger à Teotitlan del Valle, seulement pour l'organisation et les heures de visites. Je n'ai tenté que El Descanso qui est dans les moyennes de prix et pas mauvais, situé Avenida Benito Juarez 51, Seccion Segunda, Tecutlan (plan). Sinon sur le marché directement et vraiment très économique (plan).
Une curiosité locale pourrait être la cuevita ou Gie Bilie Xnuazh en zapoteque, qui signifierait "Pierre ornée de femme" (plan). Il y a environ 2 km à parcourir depuis l'église, en comptant une trentaine de minutes. Il s'agit d'un petit abri rocheux, et encore..., associé à une source d'eau, ce qui est assez commun parmi les populations locales pour faire un lieu sacré. Celui-ci existait à l'époque préhispanique et fut transformé peu à peu en un lieu de culte catholique. Mais c'est toujours un endroit réputé pour ses traditions de purification et ses invocations à la santé. Les 31 décembre, 1er et 2 janvier, des centaines de personnes viennent sur place à faire la queue pour déposer leurs offrandes et demander des bénédictions pour la nouvelle année qui commence.
Maintenant, si vous avez le temps et l'envie, il y a une jolie balade à faire. Il est possible de monter au Picacho, la montagne sacrée du village. Au sommet on y trouve des croix ou les gens vont encore faire des offrandes, et des restes préhispaniques. Mais c'est surtout la vue qui est appréciable. Avant tout, il faut passer au musée communautaire, payer une petite somme pour avoir accès. Ensuite, il faut rejoindre le barrage du village afin de commencer l'escalade (plan), on est à environ 6 km aller retour, réalisable en 2 ou 3 heures. Mais attention, il vaut mieux commencer tôt car il n'y a que très peu d'ombre (plan).
Notes de terrain & Lectures complémentaires.
Dans les alentours de Teotitlán del Valle :
Les savoir-faire locaux :
Histoire de Oaxaca :
Géographie de Oaxaca :
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