
Comme dans tout le Mexique, un des moments importants de l’année à Oaxaca est la fête des morts. A cette occasion, les familles mexicaines se regroupent pour se souvenir de leurs ancetres et pour "se moquer de la mort".
Ce dernier point n’est probablement pas exact et résulte plus de l’interprétation qu’en ont fait les étrangers qui découvraient cette fête.
Il s’agit plus d’un moment de recueillement, de regroupement de la famille, et de passer quelques instants avec ses ancetres. Il serait toutefois exagéré d'en conclure que les Mexicains craignent moins la mort qu'ailleurs. Ils entretiennent simplement une relation différente avec les défunts et la mémoire familiale. Ils la traitent différemment, avec une conscience différente de la relation mort-vivant.
Depuis que je suis arrivé au Mexique, j’ai toujours été en admiration de ce jour des morts. Non pas pour la « fête » ou la considération de la mort, tout simplement pour le maintien de la mémoire. Je me suis aperçu que grâce à cet événement, la mémoire persistait et qu’ils pouvaient parler du travail de l’arrière-grand-père, d’une blague de l’arrière-arrière-grand-mère, du tonton du cousin… Et moi ? En fait j’étais incapable de remonter très loin ou de parler du chemin de vie de mes grands-parents. C’est une très grande richesse qui fait de ce jour des morts, un moment très particulier, familial et personnel.
Le texte de cette page, j’ai dû l’écrire autour de 2012, j’avais déjà une dizaine d’années à vivre ici. Mais aujourd’hui les choses ont bien changé, et en particulier le jour des morts, en particulier depuis la pandémie. J’aime toujours cette fête, son esprit, ses racines, mais, tout au moins en ville et dans les sites touristiques, c’est devenu un carnaval comme il y en a tant à travers le monde. Ce qui durait 3 ou 4 jours, dure maintenant 3 semaines. Une dizaine de jours avant le jour J, on voit déjà des étrangers au visage peint en squelette dans les rues. À partir de 2023, un grand défilé est venu s'ajouter aux célébrations. Les activités ont été multipliées pour que les touristes restent plus longtemps, et le côté famille... il est parti (je généralise, ce n'est peut-être pas aussi dramatique). Mais beaucoup de jeunes (en particulier) , ne viennent plus pour une tradition et la comprendre, ils viennent marcher en ville, déguisés, à regarder les décorations (comme à Noël), le pack de bière sous le bras, cherchant qui offre du Mezcal... et peut-être un tour au cimetière, pour jeter des cacahuètes aux gens assis sur leur tombe. Eh oui, la foule est telle, oppressante, qu’on a l’impression de se bousculer dans un zoo ou un musée pour voir un animal ou une œuvre d’art. Je connais un certain nombre de familles qui ne vont plus au cimetière pour cette fête, ils s’y sentent trop observés, trop oppressés. J’ai parfois le sentiment qu’une tradition se perd pour un écran de fumée à touriste, une machine à sous. Et le lendemain, une ville couverte de poubelles, de vomi,... Triste ? Forcément ! Même si dans les villages ça reste une fête de famille, jusqu’à ce qu’une agence propose la vue exceptionnelle de la vraie fête des morts... plutôt commerciale.
Bref, je retouche ce texte pour retranscrire un peu mieux l’ambiance d’aujourd’hui, tout en ne perdant pas de vue que c’est un événement exceptionnel et intéressant, c’est sans doute aussi un peu le regard d'un vieux râleur.
À Oaxaca, le jour des morts revêt une saveur spéciale, encore très traditionnelle et éloignée de l’influence de l’Halloween du grand pays voisin, même si l’on constate l’influence qu’elle a de plus en plus chaque année. Vous imaginez bien que depuis que j’ai écrit ce texte... Halloween est bien présent. Par contre, en dehors de quelques cas isolés (perdus ?), cette fête reste bien à sa place, à part du jour des morts. Quelques jours avant, les gens se déguisent pour réclamer des bonbons de porte en porte. Il y a même des défilés organisés par quartier où certaines familles offrent bonbons et boissons.
Comme je l’ai précédemment évoqué, le paysage et la tradition changent, une véritable industrie touristique s’est développée avec des maquilleurs à chaque coin de rue, des tours organisés pour voir des choses montées de toutes pièces pour le tourisme…
Pour en revenir à l’essentiel et ne pas s’attarder sur ces mutations touristiques obligatoires, cette relation si étroite avec la mort est à chercher dans les racines Zapotèques de la population de Oaxaca et le lien important avec les ancetres. Vous en trouverez un résumé sur la page suivante :
Dans l’actualité, ce lien avec la mort et les ancetres est surtout mis en évidence lors de la fête du jour des morts, même si on trouve facilement dans les maisons, un autel dédié aux aïeuls disparus. Cet aspect quotidien est beaucoup plus privé et dissimulé. J'ai parfois eu l’impression que, dans certains milieux urbains, ces pratiques étaient devenues presque honteuses, ou du moins qu'on préférait ne pas les montrer.
El dia de Muertos, la fête du jour des morts, se déroule le 31 octobre, le 1er et 2 novembre.
Les moments forts de ces jours de fêtes changent selon les villages. Traditionnellement, on considère que la première date, le 31 octobre est dédiée aux enfants, à ceux partis trop jeunes. Les deux premières journées de novembre sont quant à elles dédiées aux adultes.
La ville de Oaxaca et les villages changent d’ambiance deux à trois semaines avant la fête, quand tous les marchés se parent des objets et ustensiles qui seront nécessaires à la célébration des ancetres. Les marchés de Oaxaca s’adaptent et se parent de nouvelles couleurs afin de répondre à la demande.
On va y retrouver beaucoup de fleurs, en particulier la cempasúchil ou fleur des morts, des bougies de toutes les tailles et de toutes les couleurs, des petits crânes de sucre coloré, et toutes sortes de nourriture qui prendront place sur l’autel dédié aux défunts.
Il faut noter le phénomène devenu à la mode, d’aller se prendre en photo dans les champs de fleurs semés pour le jour des morts. On ne peut pas râler pour tout, c’est beau, on peut faire de belles photos, et peut-être en apprendre un peu plus de la vie des cultivateurs. Je vous laisse chercher, beaucoup d’agences le proposent.
Et bien sûr, de plus en plus présents au milieu de cette ambiance, tous les masques et déguisements importés par la fête d’Halloween.
Dia de Muertos représente un moment important pour les familles de Oaxaca qui peuvent dépenser énormément d’argent pour être à la hauteur de l’événement, allant même parfois jusqu’à s’endetter. C’est parfois le côté triste du jour des morts au Mexique.
La fête du jour des morts est symbolisée par deux principaux moments : l’autel des morts, réalisé dans l’intimité de la maison, et la fête au cimetière où reposent les ancetres. On pourrait ajouter que depuis quelques années, compte aussi le défilé organisé pour la fête des morts, pour le cas particulier de la ville de Oaxaca de Juárez. J'en parlerai donc plutôt sur la page dédiée à cette ville durant la fête des morts.
Pour Dia de Muertos, les familles réalisent un autel dédié aux défunts afin de leur souhaiter la bienvenue. Même si les gens commencent à acheter très tôt les différents composants, l’autel des morts est généralement installé le 31 octobre.
En fonction des endroits, ces autels peuvent rester dans l’intimité de la famille ou être ouverts au public, comme une véritable démonstration de foi mais aussi, et surtout, de rivalité sociale.
Chaque région (ou ethnie) a une manière spécifique de faire son autel, en fonction des ressources de chaque région et de ses plats typiques. Dans le centre-ville de Oaxaca, il est souvent organisé une ou plusieurs expositions des autels typiques de chaque région, ce qui vous donnera l’opportunité de connaître un peu les différences.
L’autel est généralement élaboré sur une table recouverte d’une nappe colorée. Le pourtour de la table est décoré de "papier de chine" savamment découpé. On place souvent différents supports sous la nappe afin de créer des degrés et mettre plus ou moins les éléments en évidence. Enfin, on crée une arche au-dessus de la table, généralement avec des cannes à sucre, comme une porte souhaitant la bienvenue aux défunts.
La base ainsi réalisée, le but est d’y mettre tout ce qu’aimait le défunt afin de l’attirer et qu’il passe un bon moment avec les siens. On va donc y retrouver les photos des ancetres, l’encens à base de copal, des bougies et l’inévitable fleur des morts, la cempasúchil. Ensuite, vous verrez des boissons (Mezcal et bière en particulier), parfois des cigarettes, et beaucoup, beaucoup, de nourriture (mole, chocolat, pain des morts, tamales, fruits, soupe, tacos, chile relleno, enchiladas suizas…) et tout ce que vous pourrez imaginer.
On réalise parfois un chemin de pétales de cempasúchil qui sert à guider l’âme du défunt depuis la porte vers l’autel. Dans certaines localités de Oaxaca, ce chemin est réalisé dans les rues et on fait des feux aux intersections, toujours dans le but d’orienter les défunts.
Ainsi, pour le jour de la fête des morts, les ancetres passeront se rassasier et profiter de ce qu’ils aimaient sur terre. À leur départ, ils emportent les arômes et saveurs des plats. La famille attendra le 3 novembre pour partager ce repas très fade…
C’est principalement dans la nuit du 31 au 1er novembre que les familles se rendent au cimetière pour passer un moment avec leurs défunts, mais cela varie selon les villages qui peuvent le réaliser le 1er ou le 2 au soir. Dans certains cas, la population attend le 3 novembre pour se rendre au cimetière, mais dans ce cas, c’est pour dire au revoir aux défunts.
La tombe est généralement décorée, au moins de fleurs et de bougies, et au mieux d’un tapis des morts.
Ces tapis sont utilisés en particulier pour la levée de croix après les 9 jours de veille du défunt. Mais pour Dia de Muertos, on le réalise à nouveau sur la tombe.
Il est fait de sable mélangé avec des pigments. Certaines familles possèdent des moules depuis des générations pour réaliser son tapis de la fête du jour des morts. Mais c’est devenu une spécialité de certains membres des villages qui se font engager pour réaliser des tapis.
En règle générale, les familles passent toute la nuit sur la tombe, à raconter les souvenirs familiaux, boire, manger, écouter de la musique et chanter. C’est une ambiance particulière que l’on peut trouver aussi bien agréable qu’étouffante, tout dépend de l’état d’esprit dans lequel on y va.
Il n’est pas rare d’être invité à partager un moment, boire un bon chocolat chaud et manger une part de pain des morts, toujours bienvenue pour supporter la fraîcheur de la nuit. Malheureusement, cette tradition se perd dans les endroits les plus touristiques.
Notes de terrain & Lectures complémentaires.
La fête du jour des morts :
Balade en ville de Oaxaca de Juárez :
Art et Artisanats de Oaxaca
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